{"id":106,"date":"2023-05-18T16:49:32","date_gmt":"2023-05-18T14:49:32","guid":{"rendered":"http:\/\/comptoirdeslignes.com\/?p=106"},"modified":"2023-07-18T12:45:48","modified_gmt":"2023-07-18T10:45:48","slug":"hms-herakles-416","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/comptoirdeslignes.com\/index.php\/2023\/05\/18\/hms-herakles-416\/","title":{"rendered":"HMS H\u00e9rakl\u00e8s 416"},"content":{"rendered":"\n<p>\u00ab On a touch\u00e9 capitaine !<br>-Law ! Surveillez la quille. Turing, au gouvernail, on bloque \u00e0 b\u00e2bord. Caroll bouge-toi couillon ! \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Son nom prononc\u00e9 lui fit une sensation similaire \u00e0 un \u00e9lectrochoc ; il ouvrit les yeux dans une naus\u00e9e qui comprimait son visage et ses pens\u00e9es. Sa perception \u00e9tait encore tr\u00e8s floue, rythm\u00e9e par l\u2019incessant ballet des lumi\u00e8res rouges clignotantes, le signal d\u2019alarme avait \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9. Titubant, mais non sans volont\u00e9 de se rendre utile, Caroll se releva : seul son nom avait \u00e9t\u00e9 \u00e9nonc\u00e9, mais il ne savait que faire, alors que le capitaine Cooper hurlait des ordres \u00e0 s\u2019arracher les cordes vocales.<br>\u00ab Gillian, Hand et McGill, inspection \u00e0 la chaufferie ! O\u00f9 est Taylor ? Blutch, au pont, mesure et sondage des fonds. Lamarck, Fletcher et Osborne, assurez les \u00e9coutilles : on verrouille les compartiments inf\u00e9rieurs, sauf l\u2019acc\u00e8s au cellier&#8230; \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Caroll cherchait les jumelles, car Cooper semblait ne plus penser au nid-de-pie ; un malaise envenimait sa d\u00e9marche louvoyante, comme s\u2019il devait assurer par procuration le tangage du b\u00e2timent, qui semblait ne plus que d\u00e9river au fil de l\u2019eau. Le braillement du capitaine ne causait que plus d\u2019affronts \u00e0 ses maux, un sifflement suraigu et soutenu sonna sa cervelle, et ses yeux se permirent de se fermer sans son autorisation, feignant fuir le fol affairement des loups de mer. Puis un brusque chambardement stoppa net la progression du vaisseau dans une cacophonie de t\u00f4le d\u00e9chir\u00e9e, Caroll fut projet\u00e9 contre une paroi qu&rsquo;il ne pouvait deviner, tant sa conscience \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 ankylos\u00e9e : elle s&rsquo;endormit sur l&rsquo;instant.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand il se releva de ses vapeurs, Caroll ne reconnut pas imm\u00e9diatement la pi\u00e8ce : ce fut comme si elle avait \u00e9t\u00e9 renvers\u00e9e sur le c\u00f4t\u00e9, il \u00e9tait d&rsquo;ailleurs allong\u00e9 le long de la porte, et la terreur le prit s&rsquo;imaginant vaciller dans le vide s&rsquo;il osait la d\u00e9ployer. La porte qui lui faisait face n\u00e9cessitait de grands efforts pour l\u2019atteindre, le vantail ouvrant sur le plafond. L\u2019atmosph\u00e8re du cockpit \u00e9tait lugubre et relevait de cauchemars psych\u00e9d\u00e9liques, tant les lumi\u00e8res rouges de l\u2019alarme perp\u00e9tuelle faisaient osciller les murs, et le panachage de son clignotement suintant r\u00e9veillait les migraines, jouant avec les gouttes des nombreuses fuites, donnant l\u2019impression qu\u2019elles quittaient le sol pour rejoindre le plafond. Plus loin dans le fond de la salle, l\u2019\u00e9quipage s\u2019\u00e9tait install\u00e9 sur une table fra\u00eechement arrang\u00e9e, de mani\u00e8re \u00e0 se confondre parmi l&rsquo;importante tuyauterie qui parcourait les murs, d\u00e9sormais le sol. Boitant pour les rejoindre, il entendit la tonitruante voix d\u2019Osborne :<br>\u00ab Tiens ! Caroll se r\u00e9veille !<br>-Ferme-l\u00e0 Osborne, rugissait Cooper, bon. Comment \u00e7a se pr\u00e9sente Lamarck en bas ?<br>-Boarf, les compartiments inf\u00e9rieurs sont totalement inond\u00e9s, mais on a r\u00e9ussi \u00e0 pr\u00e9server le cellier, la chambre froide et l\u2019infirmerie.<br>-Hum, grogna Cooper en r\u00e9ponse. Les fonds \u00e7a donne quoi ?<br>-Trente n\u0153uds, on n&rsquo;a jamais vu une telle profondeur si pr\u00e8s du littoral ! d\u00e9tailla Blutch de sa voie doucereuse.<br>-Le probl\u00e8me cap\u2019, poursuivit McGill, c\u2019est la chaufferie. J\u2019sais pas trop c\u2019qu\u2019il s\u2019passe : les moteurs ne sont pas endommag\u00e9s, j\u2019dirais m\u00eame qu&rsquo;ils roulent bien, mais j&rsquo;ai un mauvais pressentiment, \u00e7a sent pas bon not\u2019 histoire-l\u00e0. Pi la poign\u00e9e est pleine d\u2019une sorte de substance bleu-vert, comme une peinture \u00e0 l\u2019encre. J\u2019vous l\u2019dit \u00e7a m\u2019inqui\u00e8te, l\u2019ennui c\u2019est que c\u2019est la seule issue vers l\u2019ext\u00e9rieur, par l\u2019issue de secours.<br>-Il faudrait \u00eatre dingue pour passer l\u00e0-bas, arguait Taylor<\/p>\n\n\n\n<p>Caroll \u00e9coutait mais ne comprenait pas, il demanda :<\/p>\n\n\n\n<p>-Blutch est bien all\u00e9 sur le pont pour sonder, on peut sortir par-l\u00e0, non ?<br>-Bon qu\u2019est-ce que tu veux Caroll, rageait Cooper, tu veux d\u00e9serter ? On a besoin de tout le monde pour arriver au port. Hand dans combien de temps on peut esp\u00e9rer arriver au port ? -Demain sans probl\u00e8me, r\u00e9pondit Hand, y a juste la cale inond\u00e9e qui va peser un peu.<br>-Tr\u00e8s bien, conclu Cooper, alors on se calme et on relance les machines&#8230;<br>-Avec le b\u00e2timent sur le flanc et la quille en l&rsquo;air ? coupa Caroll.<br>-Ferme-l\u00e0 Caroll, dernier avertissement. Tr\u00eave de bavardages : Gillian, tu fonces au cellier \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Caroll patientait ; une rage l\u2019envahit, tant il ne comprenait pas pourquoi Cooper s\u2019ent\u00eatait \u00e0 vouloir poursuivre la route alors que le bateau n&rsquo;\u00e9tait plus \u00e0 m\u00eame de voguer. Ce qu\u2019il comprenait encore moins, c\u2019\u00e9tait que l\u2019\u00e9quipage semblait suivre le discernement du capitaine. Lentement, un l\u00e9ger grincement se r\u00e9pandait le long de l\u2019acier qui ondoyait et qu\u2019un rivetage trop fragile ne put que constater la longue souffrance de l\u2019\u00e9pave. L\u2019acc\u00e8s aux cabines n\u2019\u00e9tait plus fr\u00e9quentable, et les onze matelots durent agencer leur espace pour se reposer tranquillement jusqu\u2019\u00e0 ce que la penture de la porte du plafond s\u2019agit\u00e2t : Gillian apparut dans l\u2019embrasure. On d\u00fbt lui apporter une \u00e9chelle pour qu&rsquo;il puisse rejoindre l&rsquo;\u00e9quipage, mais du cellier il ne rapporter qu\u2019un sac de pomme.<br>\u00ab C\u2019est horrible ce qu\u2019il se passe en bas&#8230; ou en haut, je ne sais plus, avertit Gillian.<br>-Qu\u2019as-tu vu ? Interrogea Turing.<\/p>\n\n\n\n<p>La tension montait d\u2019un cran ; Gillian posa un regard noir sur le barreur, qu\u2019il tenait responsable de la situation, pour qui il attribuait la folie qu\u2019il avait vu.<br>-J\u2019ai march\u00e9 sur un nuage, r\u00e9pondit-il de ces voyelles arrach\u00e9es que ses m\u00e2choires crisp\u00e9es d\u00e9coupaient, j\u2019ai p\u00e9n\u00e9tr\u00e9 une brume, et lorsqu\u2019elle s\u2019est dissip\u00e9e, tout ce qu\u2019il y avait, c\u2019\u00e9tait comme des hautes plantes, qui poussaient sur la t\u00f4le.<\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019interrompit pour prendre une grande inspiration : tous les marins du navire s\u2019accrochaient avec attention \u00e0 ses mots.<br>-Alors, j\u2019ai sorti ma machette, et j\u2019ai voulu trancher tout ce fourbi, mais c\u2019est comme si ma lame passait au travers, et rien n\u2019\u00e9tait coup\u00e9. J\u2019ai tellement cru \u00e0 un mirage, que j\u2019\u00e9tais pr\u00eat \u00e0 tester ma lame sur ma nuque, \u00e0 m&rsquo;assurer du fil du couteau.<br>-Soit ! lan\u00e7a Fletcher. Au moins, on a de quoi manger. Je me propose pour y retourner tout \u00e0 l\u2019heure.<br>-Non, r\u00e9torqua le commissionnaire, car vers le cellier, j\u2019ai entendu des murmures, je veux savoir ce qu\u2019il en est.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette premi\u00e8re collation rongea de silence le climat ; la lumi\u00e8re rouge qui continuait d\u2019animer les murs de la baignoire de son rayonnement transformait les visages de ses comparses. Taylor, \u00e0 qui Caroll faisait face, refl\u00e9tait de ces jeux de lumi\u00e8re rubin\u00e9e un visage d\u00e9moniaque, un rapace ; ce mousse qu\u2019il avait toujours connu l\u2019effrayait d\u00e9sormais. Puis un claquement craquel\u00e9 r\u00e9sonna dans la pi\u00e8ce, laissant la lumi\u00e8re s\u2019\u00e9vaporer dans un p\u00e9tillement incandescent.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un geste relevant de l\u2019inconscient, les douze lampes torches de l\u2019\u00e9quipage anim\u00e8rent l\u2019obscurit\u00e9 d\u2019une pluie de constellations \u00ab Quartier libre pour qui peut ! Law, Caroll et Fletcher, si vous voulez bouger, c\u2019est le moment d\u2019apporter vos lumi\u00e8res au disjoncteur \u00bb rugit Cooper. L\u2019ordre ne se fit pas attendre pour s\u2019ex\u00e9cuter : le soleil ne se faisant que peu pr\u00e9sent dans la carlingue du rafiot, il s\u2019appr\u00eatait \u00e0 se coucher, et la situation tremblotante de l\u2019\u00e9quipage n\u2019invitait pas \u00e0 rester sans \u00e9clairage. Mais le r\u00e9cit de Gillian n\u2019enchantait<br>aucunement les trois missionn\u00e9s, aussi l\u2019ascension de l\u2019\u00e9chelle jusqu\u2019\u00e0 la porte d\u2019en haut r\u00e9sonnait comme une balade vers l\u2019inconnu.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce qui \u00e9tait la veille encore un couloir \u00e9troit et tr\u00e8s haut \u00e9tait d\u00e9sormais un large sas bas de plafond dont les t\u00f4les peintes miroitait r\u00e9guli\u00e8rement les halos lumineux de leurs lampes. Son parcours n&rsquo;\u00e9tait pas juch\u00e9 d&rsquo;obstacles particuliers, mais obligeait les trois marins \u00e0 progresser accroupi. La lourde porte qu&rsquo;il fallait traverser se trouvait \u00e9galement au plafond pour acc\u00e9der \u00e0 l\u2019escalier : Law, qui \u2013 du fait de la faible hauteur pour se mouvoir \u2013 ne pouvait compter que sur lui-m\u00eame pour l&rsquo;entreb\u00e2iller, d\u00fb se r\u00e9soudre \u00e0 puiser dans le peu d\u2019\u00e9nergie qu\u2019il avait pour parvenir \u00e0 ses fins ; la \u201cdescente\u201d des escaliers \u00e9tait une gage\u00fcre d&rsquo;une autre nature encore, les marches \u00e9tant d\u00e9sormais sur le mur qui jouxtait leur avanc\u00e9e. Auraient-ils pu jamais imaginer que le simple m\u00e9tal tubulaire qui servait jusqu\u2019alors de rampe serait en cette circonstance la seule surface accueillant leur pas, perdu dans ce vide qui ne posait encore de probl\u00e8mes lorsque la coque \u00e9tait \u00e0 l\u2019endroit.<br>\u00ab Je me sens quelque peu d\u00e9sar\u00e7onn\u00e9 en cette configuration, mais il suffirait de \u201cremonter\u201d le corridor pour atteindre le disjoncteur, annon\u00e7a Fletcher<\/p>\n\n\n\n<p>La t\u00e2che s&rsquo;av\u00e9rait d\u00e9j\u00e0 assez ardue qu&rsquo;il fallut en plus s\u2019aff\u00e9rer avec un luminaire ; la solution envisag\u00e9e fut d\u2019en ranger une sur les trois. Et lorsque deux \u00e9clairages d\u00e9voilaient l\u2019ascension du premier varappeur, par un jeu de relai celui-ci \u00e9clairait la mont\u00e9e du deuxi\u00e8me grimpeur, imit\u00e9 par celui qui patientait plus bas. Ce dernier progressait alors que les deux autres l\u2019attendaient. Et ce qui aurait d\u00fb n\u2019\u00eatre qu&rsquo;une avanc\u00e9e de quelques secondes se convertit en un labeur de plusieurs minutes. Le passage avait \u00e9t\u00e9 en partie sillonn\u00e9 que Law, qui occupait la cord\u00e9e terminale, questionna :<br>-Lequel de vous deux respire si fort ?<\/p>\n\n\n\n<p>Caroll s\u2019interrompit, alors que Fletcher \u00e9tait en train de grimper : les mots de Gillian lui revint en m\u00e9moire \u201cj\u2019ai entendu des murmures\u201d, et comme s\u2019il eut besoin de support pour mieux entendre, il per\u00e7ut un ronflement rauque qui venait de l\u2019extr\u00e9mit\u00e9 du couloir. En relevant sa torche, m\u00eame s&rsquo;il voyait mal, il per\u00e7ut une ombre, hercul\u00e9enne, que la galerie enrobe, une monstrueuse apparition qui les observait, et soudain s\u2019agita en leur direction \u201cGrouillez-vous\u201d susurra Caroll. La bestiole \u00e9tait v\u00e9loce, ingambe, et n\u2019eut d\u2019autre mal que la bassesse du couloir pour les rattraper. Les trois aventuriers surent se tenir suffisamment averti pour d\u00e9vier de leur objectif, et rejoindre la premi\u00e8re ouverture qui assurerait leur \u00e9chappatoire. Une fois la manivelle rabattue, le syst\u00e8me verrouilla le battant : l\u2019issue \u00e9tait cadenass\u00e9e ; le trio abandonna son rituel d\u2019\u00e9change rutilant pour avancer avec plus d\u2019empressement, plus pour fuir la menace que de retrouver un nouvel acc\u00e8s au commutateur. Au d\u00e9tour d\u2019un \u00e9ni\u00e8me couloir, le choix fut vite fait : soit grimper pour remonter l\u2019aile b\u00e2bord du b\u00e2timent en direction de la poupe, soit constater avec v\u00e9h\u00e9mence l\u2019avanc\u00e9e de l\u2019inondation des cales. Une nouvelle fois, la plomberie s\u2019av\u00e9rait d\u2019une aide pr\u00e9cieuse pour poursuivre la mission, quand un tamponnement r\u00e9sonna depuis la porte qu\u2019ils venaient de fermer ; plus encore, un crissement plaintif faisait vibrer la carcasse de m\u00e9tal, comme si ce qu\u2019il restait du rafiot venait de glisser sur une vingtaine de m\u00e8tres, pour se stopper dans un tremblotement plus s\u00e9v\u00e8re. La chose quant \u00e0 elle cognait de plus belle, et la m\u00e9lodie des rivets chutant se rapprochait de leurs oreilles. Les bras de Caroll s\u2019arquaient de douleurs br\u00fblante dans les bras, et sans doute ces malheurs seraient plus lancinants s\u2019ils n\u2019\u00e9taient pas aveugl\u00e9s par l\u2019inconditionnel d\u00e9sir de fuir. Mais dans un bris de verre et un bruit de fer, la bestiole apparut \u00e0 nouveau derri\u00e8re eux, et les contactait tant qu\u2019elle s\u2019empara en peu de temps de la jambe de Fletcher en le tirant un peu plus vers elle. On ne saurait imaginer quelle angoisse ait pu s\u2019emparer de l\u2019otage de cette poigne dantesque, ni la virulence qui anima ses attaques qu\u2019il portait de son pied libre \u00e0 la figure du monstre qui, \u00e0 force de heurts, l\u00e2cha prise et disparu dans les remous.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand Caroll revint dans le cockpit avec ses deux acolytes, la pi\u00e8ce \u00e9tait de nouveau rayonnante, mais les mines de l\u2019\u00e9quipage \u00e9taient bien sombres.<br>\u00ab On a retrouv\u00e9 Gillian vers le cellier, sa t\u00eate n\u2019\u00e9tait plus sur ses \u00e9paules, d\u00e9clara Hand.<br>-L\u2019un de nous a forc\u00e9ment fait \u00e7a ! jugea Osborne.<br>-Ou alors, proposa Lamarck, il a mis en pratique sa th\u00e9orie.<\/p>\n\n\n\n<p>Un silence s\u2019installa, comme un recueillement, bris\u00e9 par Cooper \u201cTuring !\u201d. Le d\u00e9nomm\u00e9 barreur \u00e9tait interloqu\u00e9, sans comprendre cette soudaine accusation. Le capitaine poursuivit :<br>-Montre-nous ta paume.<\/p>\n\n\n\n<p>Turing ne dit rien ; il d\u00e9visageait chacun des membres de l\u2019\u00e9quipage avec un sourire g\u00ean\u00e9, en se d\u00e9fendant :<\/p>\n\n\n\n<p>-Non, je n\u2019ai pas&#8230; -Montre-nous ta paume !<\/p>\n\n\n\n<p>Une agitation rythmait ses membres ; il d\u00e9voilait sa main et offrit sa paume \u00e0 la vue de chacun, parcourut par une longue trace d\u2019encre bleue.<br>-Ceci, poursuivit Cooper, est la marque de la chaufferie. Ceci est le signe de la d\u00e9sertion, et cette transgression est punit \u00e0 la planche.<\/p>\n\n\n\n<p>Blutch se d\u00e9battait avec la porte \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de laquelle Caroll s&rsquo;\u00e9tait r\u00e9veill\u00e9 quelques temps plus t\u00f4t. Quand il parvint \u00e0 d\u00e9samorcer son verrou, un air frais caressait les visages innocents des matelots qui voyaient leur ami amen\u00e9 \u00e0 une sentence irr\u00e9m\u00e9diable. Cette porte, d\u2019aventure, ouvrait sur le pont, parcouru par un long bastingage, mais \u00e9tant donn\u00e9 la disposition du navire, elle s\u2019offrait une immense vacuit\u00e9 que la nuit avalait. Turing avait beau lutter, il fut tra\u00een\u00e9 vers cette ouverture, c\u2019est l\u00e0 qu\u2019il disparut. Alors Cooper reprit, pendant qu\u2019on refermait la porte : -Je voudrais clarifier la situation : quiconque tenterait de quitter le b\u00e2timent depuis la chaufferie serait coupable d\u2019abandonner notre mission au profit d\u2019un \u00e9go\u00efsme ridicule qui feint toutes les lois de bonne conscience. D\u00e9sormais j\u2019inspecterai toute les heures vos paumes : si vous tentez de vous \u00e9chapper, cette trace d\u2019encre d\u00e9masquera votre forfaiture. Si ainsi vous \u00eates \u201cpaum\u00e9s\u201d, vous connaitrez un sort similaire \u00e0 notre regrett\u00e9 Turing. Cette disposition prend effet maintenant \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le soleil s\u2019\u00e9tait couch\u00e9 depuis un moment, et la t\u00e9n\u00e8bre r\u00e9gnait du pont \u00e0 la carlingue ; Caroll \u00e9tait dubitatif quant au sort de Turing. Avait-il quelque chose \u00e0 voir avec la fin tragique de Gillian ? Avait-il d\u00e9couvert quelque chose ? Voulait-il r\u00e9ellement s\u2019enfuir ? Effectivement, avec ce qu\u2019il se passait \u00e0 bord, personne n\u2019aurait voulu persister dans cet \u00e9tat troublant ! Mais Cooper n\u2019\u00e9tait pas dans son \u00e9tat normal, et il valait mieux ne pas l\u2019\u00e9nerver. Le mieux, semblait- il, c\u2019\u00e9tait d\u2019attendre que l\u2019\u00e9quipage reprenne ses esprits, qu\u2019il se rende compte que le navire resterait bloqu\u00e9 ici. Alors que tous dormaient, une nouvelle secousse bouleversa la coque, poussant la car\u00e8ne \u00e0 d\u00e9river sur encore quelques dizaines de m\u00e8tres. Comme tous s\u2019\u00e9taient lev\u00e9 en sursaut Cooper annon\u00e7a qu\u2019il voulait inspecter les paumes de chacun. Par chance, personne ne portait la trace sur sa peau ; Blutch annon\u00e7a au capitaine \u201cNous sommes pass\u00e9 \u00e0 24 n\u0153uds de fonds, nous sommes revenus \u00e0 une profondeur habituelle\u201d. Le sommeil reprit, mais cette intervention de Blutch ne rassurait pas Caroll \u201cAllons bon, voil\u00e0 qui ne va pas calmer le cap\u2019taine\u201d. Comme Cooper l\u2019avait annonc\u00e9, ce rituel de la paume se r\u00e9p\u00e9ta \u00e0 plusieurs fois<\/p>\n\n\n\n<p>durant la nuit, et chaque r\u00e9veil sonnait comme une douloureuse nouvelle ; chaque matelot tra\u00eenait son corps assoupi autour de la table empot\u00e9e, posait un point ferme, mais de plus en plus l\u00e2che \u00e0 mesure que les secondes passaient, ressentant comme une amusante douleur dans cette poigne encore molasse. Une premi\u00e8re tabl\u00e9e routini\u00e8re, puis une deuxi\u00e8me, une troisi\u00e8me. La quatri\u00e8me messe de la nuit laissait d\u00e9couvrir la fameuse marque bleue sur une paume blanche, muscl\u00e9e et tremblante : les regards remontaient ce bras jusqu\u2019\u00e0 parvenir au visage ; Fletcher restait impassible, tellement il \u00e9tait ext\u00e9nu\u00e9. Alors que Blutch ouvrit la porte, amorphe, McGill et Hand s\u2019empar\u00e8rent du d\u00e9chu sous les \u00e9paules. Sans un bruit, sans un mot, sans presque un battement de cils, Fletcher disparu \u00e0 son tour par l\u2019antre de la nuit. Toujours assis \u00e0 table, Taylor avait le visage creus\u00e9 de fatigue, au niveau des joues, et ses orbites \u00e9taient cern\u00e9es d\u2019un far sombre, les yeux rougis de somnolence, il tourna son regard en direction de Caroll, la bouche entrouverte, laissant percevoir une nouvelle vision d\u00e9moniaque. Un nouveau claquement \u00e9lectrique indiquait que le groupe \u00e9lectrog\u00e8ne venait de l\u00e2cher, mais aucun ne fut en mesure d\u2019aller r\u00e9parer la faille.<\/p>\n\n\n\n<p>Pour autant, Cooper envoya Blutch, Lamarck et Osborne au disjoncteur, les autres s\u2019endormirent, et d\u00e8s qu\u2019ils disparurent de la porte du plafond, ce fut comme un retentissement que Caroll se rem\u00e9morait, assenant son esprit de vilains coups quand ses souvenirs redessinaient les contours de la b\u00eate qui les avaient poursuivis, cette masse velue et cornue, tellement imposante que le peu de lumi\u00e8re que pouvait refl\u00e9ter le couloir \u00e9tait totalement filtr\u00e9. Mais quelque chose l\u2019intrigua, car en y r\u00e9fl\u00e9chissant bien, la condamnation de Fletcher survint apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 la proie du monstre : \u00e9tait cela qui l\u2019avait pouss\u00e9 \u00e0 fuir ? Caroll ne put s\u2019emp\u00eacher de penser aux trois gars qui devraient affronter le colosse dans les corridors de l\u2019\u00e9pave. Ces pens\u00e9es envenimaient son \u00eatre d&rsquo;un malaise qui le tourmentaient, qui risquaient de contenter sa paresse s&rsquo;il ne parvenait pas \u00e0 dormir, sachant que le capitaine les r\u00e9veillerait tr\u00e8s bient\u00f4t pour inspecter les paumes ; un \u201ctu dors ?\u201d surgit soudainement. Croyant que c\u2019\u00e9tait Taylor \u2013 ce type est vraiment flippant \u2013 Caroll se retourna : Law \u00e9tait discret et attentif, susurrant pour s\u2019assurer qu\u2019aucun zouave ne s\u2019insurge. Il poursuivit :<br>-Ecoute. Cooper a compl\u00e8tement perdu la raison, on ne peut pas le laisser nous malmener de la sorte. J\u2019ai besoin de mutins pour m\u2019accompagner, et je ne peux compter que sur Lamarck et Osborne. \u00c0 nous quatre, on est en inf\u00e9riorit\u00e9 num\u00e9rique, mais eux deux sont les plus forts de l\u2019\u00e9quipage, et je pressens que nous sommes les plus sains d\u2019esprit de la troupe.<br>-Tu veux t\u2019en prendre \u00e0 Cooper ? s&rsquo;inqui\u00e9tait Caroll.<br>-Il faut juste l\u2019\u00e9carter le temps de prendre la d\u00e9cision de quitter le navire : il faudrait qu\u2019il comprenne que la situation n\u2019est plus tenable, mais on ne pourra le raisonner si on ne se repose pas plus, on va tous devenir dingues.<br>-On ne peut pas simplement s\u2019enfuir par le pont ? Blutch sort r\u00e9guli\u00e8rement pour mesurer les fonds !<br>-Oui mais Blutch verrouille la porte apr\u00e8s chacun de ses passages ; et tu as bien vu avec Turing et Fletcher qu\u2019il n\u2019y a qu\u2019un moyen de passer par l\u00e0 !<br>-Et par la chaufferie ?<br>-Oublie cette option.<\/p>\n\n\n\n<p>Le vantail sup\u00e9rieur vibra : Blutch d\u00e9vala l\u2019\u00e9chelle en premier, suivi de Lamarck, Osborne tarda \u00e0 rattraper les deux autres. Alors que le premier regagna sa paillasse, le deuxi\u00e8me rejoignit Law et Caroll :<br>-Alors, il est des n\u00f4tres ? chuchota Lamarck \u00e0 Law.<\/p>\n\n\n\n<p>Law arborait un visage g\u00ean\u00e9, et Caroll comprit que la mutinerie avait d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9. L\u2019esprit r\u00e9volutionnaire de Lamarck s\u2019\u00e9tait r\u00e9veill\u00e9 devant la proposition de r\u00e9bellion : sa lucidit\u00e9 ne s\u2019\u00e9tait \u00e9gar\u00e9e dans les tr\u00e9fonds des alin\u00e9ations, car elle r\u00e9pondait encore \u00e0 ses instincts. Osborne vint vers eux :<br>-Blutch, ce mec est tar\u00e9 !<br>-Oui c\u2019est vrai, poursuivit Lamarck, il l\u2019a \u00e9trangl\u00e9 en affirmant que c\u2019\u00e9tait Osborne le monstre, pendant que je r\u00e9parai le syst\u00e8me \u00e9lectrique. On l\u2019enferme, on r\u00e9cup\u00e8re sa cl\u00e9 et on s\u2019\u00e9chappe de ce maudit rafiot.<br>-Bonne id\u00e9e, continua Law, ou alors on prend \u00e0 partie Cooper et on s\u2019empare du commandement !<\/p>\n\n\n\n<p>Osborne marquait un silence chagrin\u00e9 et relevait vers les r\u00e9volutionnaires une mine sinistre :<\/p>\n\n\n\n<p>-J\u2019ai confiance en cet \u00e9chappatoire, mais vous devrez vous passer de moi car je prends la suite de Fletcher \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Il desserra les doigts de sa paume qu\u2019il tenait jusque-l\u00e0 fermement contract\u00e9e, comme un n\u0153ud d\u2019amarrage souqu\u00e9, pour d\u00e9voiler une longue t\u00e2che azur au creux de sa main. Lamarck souffla \u201cj\u2019ai essay\u00e9 de l\u2019en emp\u00eacher\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>La lumi\u00e8re se ralluma, Cooper cria dans la pi\u00e8ce pour inviter le reste de l\u2019\u00e9quipage \u00e0 d\u00e9voiler sa paume. Chacun reprit place autour de la table, posant sa main sur la surface terne du plateau verd\u00e2tre ; Caroll n&rsquo;approuvait gu\u00e8re l&rsquo;id\u00e9e de se mutiner ; il y voyait malgr\u00e9 tout un moyen d\u2019\u00e9viter cette morbide solennit\u00e9. Et si Osborne se voyait affubl\u00e9 de cette douce insulte qu\u2019est le paum\u00e9, les espoirs d\u2019en r\u00e9chapper s\u2019amoindriraient. L&rsquo;\u00e9clairage fatigant et agressif du n\u00e9on clignotant qui les \u00e9clairait d\u2019une lumi\u00e8re z\u00e9nithale tra\u00e7ait sur les visages les cr\u00e2nes horrifiques d&rsquo;un conclave qui d\u00e9cidait du prochain sacrifice. Caroll sentait son pouls s&rsquo;accentuer, et alors que Hand et McGill avait affich\u00e9 leur innocence, Lamarck se souleva :<br>\u00ab C\u2019est pas vrai, Cooper, regarde toi ! Honores-tu ton \u00e9quipage \u00e0 installer ce climat de m\u00e9fiance \u00e0 son bord ?<br>-Contente-toi de montrer ta paume Lamarck, jeta Cooper, sans autre forme de r\u00e9ponse.<br>-Tu peux pas t\u2019arroger des droits comme \u00e7a ! Ce commerce d\u00e9cline en calvaire ! insista Lamarck.<br>-Montre ta paume \u00e0 l\u2019\u00e9quipage, ordure.<br>-Non.<\/p>\n\n\n\n<p>Le capitaine pointa une arme sur Lamarck, ce qui ne manqua pas de provoquer l\u2019\u00e9tonnement autour de la table, et d\u2019arracher un rire suffocant \u00e0 Taylor.<br>-T\u2019es paum\u00e9 Lamarck ? Montre ta paume ou je t\u2019envoie rejoindre Gillian !<br>-Parlons-en de Gillian ! Il est toujours \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la chaufferie, et tu ne fais rien. Tu te contentes de donner des ordres, tu montres du doigt les d\u00e9serteurs, mais tu ne fais rien, et on n\u2019a jamais vu ta paume !<\/p>\n\n\n\n<p>Le d\u00e9bat devenait houleux, et on craignait qu\u2019un malheur n\u2019arrive alors que Cooper s\u2019\u00e9nervait :<\/p>\n\n\n\n<p>-Moi je suis le capitaine ! On arrive demain au port mais une partie de l\u2019\u00e9quipage ruine nos esp\u00e9rances, alors montre ta paume Lamarck, dit-il en armant le chien.<\/p>\n\n\n\n<p>Lamarck l\u00e2cha la tension de sa poigne et d\u00e9couvrit une paume immacul\u00e9e, ce qui eut pour effet de d\u00e9tendre le bras de Cooper, \u00e9cartant tout danger.<br>-J\u2019attends tes excuses Cooper, lan\u00e7a Lamarck en crachant, et va t\u2019occuper de Gillian si tu veux bien soigner tes matelots \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>En plein milieu de la nuit, les alarmes s\u2019\u00e9taient relanc\u00e9es, mais ce qui passait pour une nouvelle cause de d\u00e9rangement passait pour les officiers de la mutinerie un r\u00e9pit : alors que Cooper \u00e9tait parti \u00e0 la chaufferie, d\u00e9barrasser le couloir du d\u00e9muni Gillian qui gisait l\u00e0 depuis la veille Hand, McGill, Blutch et Taylor dormaient, d\u2019un sommeil qui remerciait les gr\u00e2ces de Cooper d\u2019avoir suspendu l\u2019inspection des paum\u00e9s. \u201cVas-y Caroll, c\u2019est \u00e0 toi de t\u2019en occuper. Il ne se doutera de rien avec toi !\u201d.<\/p>\n\n\n\n<p>Caroll approcha de timides mains de l\u2019\u00e9paule de Blutch qu\u2019il secoua calmement. En se r\u00e9veillant, sa face semblable \u00e0 un \u00e9quid\u00e9, s\u2019animait des lumi\u00e8res rouges des alarmes, d\u00e9formant ses joues en une m\u00e2choire carnassi\u00e8re. Un large b\u00e2illement laissait voir ses grandes dents, ses yeux ronds s\u2019ouvrirent et acceptaient son r\u00e9veil. Il se gratta la t\u00eate dont le crin retombait lascivement sur son front. \u201cBlutch ! J\u2019ai vu Lamarck et Osborne partir vers la chaufferie\u201d d\u00e9clara Caroll sur un ton th\u00e9\u00e2tral presque convainquant. Blutch r\u00e9torqua :<br>-Ils peuvent pas s\u2019enfuir, Cooper nettoie Gillian.<\/p>\n\n\n\n<p>Law contraint Caroll \u00e0 improviser, d\u2019un coup de pied dans les c\u00f4tes : -Je crois pas qu\u2019ils veulent s\u2019enfuir, l\u00e2cha Caroll, sous le joug de l&rsquo;inqui\u00e9tude. -Bon sang ! Il faut r\u00e9veiller tout le monde !<br>-Euh&#8230;peut-\u00eatre pas&#8230;il faudrait d\u2019abord jeter un coup d\u2019\u0153il.<\/p>\n\n\n\n<p>Blutch tendit sa longue oreille ; non pas qu\u2019il se m\u00e9fiait, mais il a toujours consid\u00e9r\u00e9 Caroll comme un l\u00e2che :<\/p>\n\n\n\n<p>-J\u2019esp\u00e8re que tu ne me l\u00e8ves pas pour rien.<br>Law avait d\u00e9j\u00e0 ouvert le sas ; Blutch grimpait fr\u00e9n\u00e9tiquement l&rsquo;\u00e9chelle jusqu&rsquo;\u00e0 rejoindre celui qui le pr\u00e9c\u00e9dait. Mais Caroll, au moment de passer la t\u00eate au-del\u00e0, se rem\u00e9mora son exp\u00e9dition dans ces couloirs, quelques heures plus t\u00f4t. Il se bloqua. Blutch, comme pour souligner l&rsquo;\u00e9vidence, souffla en remuant sa t\u00eate d&rsquo;\u00e2ne puis suivit Law qui lui indiquait le chemin. Caroll, toujours en haut de l\u2019\u00e9chelle, le regard viss\u00e9 sur l\u2019int\u00e9rieur du cockpit, gardait une attention aux sons qu\u2019il percevait : un gargouillement gr\u00e9gaire gargarisait cette trach\u00e9e de m\u00e9tal, alors que le chuintement charismatique des parois calquait son rythme sur le murmure de la b\u00eate qui lui parvint en \u00e9cho. Un bruit \u00e9touff\u00e9 bruissa soudainement, laissant place ensuite \u00e0 sa musique naturelle. Si le plan avait \u00e9t\u00e9 suivi, Blutch venait d\u2019\u00eatre assomm\u00e9. Aussi, Caroll retourna se coucher, s\u2019installant sur son vieux manteau.<\/p>\n\n\n\n<p>Il n\u2019eut le temps de v\u00e9ritablement se reposer : l\u2019\u00e9pave, \u00e0 nouveau, se prit de glissement, en crissant d\u2019un vrombissement tellement long et rocailleux que toute la structure tremblota, puis se stabilisa si vite que tout ce qui n\u2019\u00e9tait pas accroch\u00e9 \u00e0 l\u2019habitacle se retrouva propuls\u00e9 sur le c\u00f4t\u00e9. L&rsquo;\u00e9chelle d\u00e9vala en un titillement \u00e9clatant, un son \u00e0 embuer l&rsquo;ou\u00efe. Quand la situation se calma, Caroll entendit un tintement de clef \u201cils ont r\u00e9ussi !\u201d, il fit volte-face sur son matelas de fortune, mais aper\u00e7ut Taylor. Il avait l\u2019apparence d\u2019un jeune homme, la voix d\u2019un enfant, mais cet air volatile s\u2019enfuyait lorsqu\u2019on l\u2019\u00e9coutait parler :<br>-Je crois que tes potes vont avoir des ennuis, il souffla un instant avant de reprendre d\u2019un air sarcastique, tout en agitant les cl\u00e9s de Blutch : Faut pas parler trop fort quand on complote \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Il poussa un gloussement ; Cooper \u00e9tait l\u00e0, il avait d\u00fb revenir durant son l\u00e9ger sommeil. Le reste de l\u2019\u00e9quipage arrimait son regard sur la porte du plafond ; cette apparition baignant de cette lumi\u00e8re sanglante \u00e9tait pareil \u00e0 une assembl\u00e9e d\u2019illumin\u00e9s, larmoyant devant un miracle \u00e0 venir. Law passa sa t\u00eate par le sas, mais repartit aussit\u00f4t, voyant que l&rsquo;\u00e9chelle, bris\u00e9e, ne pouvait lui venir au secours. C&rsquo;est par une corde improvis\u00e9e, compos\u00e9e essentiellement de tuyauteries, que les trois revinrent dans la passerelle, au centre de toutes les attentions. Lamarck ext\u00e9nu\u00e9, tomba au sol ; Cooper lui tendit la main pour le relever, mais se saisit de son poignet lorsque Lamarck tendit son bras en r\u00e9ponse. C\u2019est presque en lui tordant l\u2019avant-bras que Cooper d\u00e9voila la tache bleue de sa paume. Il leva son autre main, comme une riposte \u00e0 son attaque, pour d\u00e9voiler une paume impeccable. Taylor se redressa alors et s\u2019en donna \u00e0 c\u0153ur joie pour d\u00e9verrouiller le vantail, et d\u00e9voiler l\u2019embrasure de ce nouveau monde. Lamarck \u00e9tait plus fort, et l\u2019amener au bord du pr\u00e9cipice s\u2019av\u00e9ra plus d\u00e9licat, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019Osborne levant sa main barbouill\u00e9e de bleu, en guise de sacrifice, pensa sauver la vie de son ami, au p\u00e9ril de la sienne.<\/p>\n\n\n\n<p>Cooper aiguisa son rictus, et apr\u00e8s avoir violemment bouscul\u00e9 Lamarck dans le vide, attrapa Osborne pour faire de m\u00eame, allant jusqu&rsquo;\u00e0 \u00e9craser ses doigts, \u00e9clatant l&rsquo;assembl\u00e9e de sa rage, pour qu&rsquo;il l\u00e2che prise et vacille \u00e0 son tour.<\/p>\n\n\n\n<p>Le silence \u00e9tait revenu dans la cabine, et les matelots avaient de la place pour dormir. Pourtant, la sir\u00e8ne envo\u00fbtait la somnolence de Caroll : il ne semblait n&rsquo;y avoir plus aucun espoir, maintenant que les rebelles \u00e9taient en sous-effectif, face \u00e0 la dinguerie qui consumait le discernement du capitaine et d\u2019une partie de l\u2019\u00e9quipage ; tous ces fiers matelots, ses fr\u00e8res d\u2019eau, avaient \u00e9t\u00e9 jet\u00e9 \u00e0 la planche dans une divagation totalitaire, et parmi eux les plus comp\u00e9tents des marins qui puissent voguer, et cette porte du plafond, laiss\u00e9e ouverte, lui faisait craindre que la b\u00eate ne les rejoigne et les d\u00e9vore tous. Que faire, sans barreur, sans quartier- ma\u00eetre, sans acotiers ? Au moment o\u00f9 une narcolepsie faisait chavirer sa conscience, il entendit Law se lever de sa paillasse et se diriger vers la sortie. Caroll se leva, stoppa Law dans son avanc\u00e9e d\u2019un \u201cAttend !\u201d, puis poursuivit, apr\u00e8s s\u2019\u00eatre bien assur\u00e9 que cette fois, tous dormaient :<br>\u00ab Je crois que j\u2019ai compris Caroll, je crois conna\u00eetre la finalit\u00e9 de cette odyss\u00e9e, annon\u00e7ait Law, d\u2019une voix basse et d\u2019un air grave.<br>-De quoi tu parles, les choses vont bien finir par s\u2019arranger !<br>-Je ne peux pas te d\u00e9voiler ce qui nous maudit, car tu ne me comprendrais pas et tu m\u2019emp\u00eacherais.<br>-Tu peux pas t\u2019enfuir par la chaufferie, les autres ont essay\u00e9 et n\u2019ont pas r\u00e9ussi c\u2019est qu\u2019il y a une raison ! Reviens, tu sais ce qu\u2019il t\u2019attend sinon. Allez, reviens \u00e0 la raison.<br>-Tu comprendras que la raison n\u2019est que folie si de folies elle \u00e9mane.<\/p>\n\n\n\n<p>Il marqua une pause dans un l\u00e9ger soupir avant d\u2019ajouter \u201cQue la folie d\u2019autrui soit ta sagesse\u201d \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Il s\u2019enfuit sur ces mots. Caroll resta l\u00e0 sans bouger, incr\u00e9dule et \u00e9tourdi. Au loin, par- del\u00e0 les canalisations, les \u00e9coutilles, les aussi\u00e8res, les barbotins et les batayoles, au-del\u00e0 des blindages, des rivets et des murs de t\u00f4le, le cri de la b\u00eate r\u00e9sonna \u00e0 nouveau. Ce n\u2019est que quelques minutes plus tard que Law revint ; une fois le pied pos\u00e9 dans le cockpit renvers\u00e9, il gardait sa paume serr\u00e9e contre son c\u0153ur, et, arborant un visage serein, un sourire apais\u00e9, il retourna se coucher.<\/p>\n\n\n\n<p>Soudain, la voix tapageuse du capitaine appelait l\u2019\u00e9quipage \u00e0 se r\u00e9unir, une voix rauque qui gr\u00e9sillait d\u2019une fatigue qui s\u2019imprimait jusque dans les cordes vocales. Hand fut le premier \u00e0 la table, il s\u2019assit : son visage \u00e9tait comme gonfl\u00e9e, boursoufl\u00e9, si bien que la lumi\u00e8re tournoyante de l\u2019alarme faisait gondoler ses traits, comme s\u2019il n\u2019avait plus de visage, son \u00e9trange main rebondissait sur la table, il ouvrit sa paume, immacul\u00e9e. Taylor le rejoignit, ses cheveux \u00e9taient gras, le teint bl\u00eame, il ne parvenait plus \u00e0 se tenir droit, comme si son squelette \u00e9tait compos\u00e9 d\u2019une mati\u00e8re caoutchouteuse qui serpentait, mais son sourire \u00e9tait toujours aussi effrayant, et de sa main cadav\u00e9rique aucune culpabilit\u00e9 ne fut av\u00e9r\u00e9e. McGill arrivait : c\u2019\u00e9tait peut-\u00eatre le moins touch\u00e9 de l&rsquo;\u00e9quipage par l&rsquo;aventure ; on n\u2019eut su dire dans quoi il avait dormi, mais la moiti\u00e9 de son visage \u00e9tait recouvert d\u2019une substance orang\u00e9e, comme du cuivre ou de la rouille, qui \u00f4tait tout humanit\u00e9 \u00e0 ses traits, mais sa main boutonneuse s\u2019ouvrit sur une ligne de vie bien courte et une ligne de t\u00eate indistincte, sans qu\u2019une tache ne les parcourt. Cooper attendait que Law et Caroll ne les rejoignent, il se tenait dans une position fort inconfortable, affal\u00e9 \u00e0 la fois sur la table et sur la chaise, un bras crisp\u00e9 dans le dos, son autre main pendante se souleva, il la laissa lourdement tomber sur la table : lui non plus n\u2019\u00e9tait pas \u201ccoupable\u201d. Caroll s\u2019approcha de la table, tira sa chaise dans un bruit strident, et s\u2019installa, de ses pas feutr\u00e9s, et comme un garde-\u00e0-vous, il leva sa main et ouvrit sa paume : rien. Enfin, Law agrippa sa pr\u00e9sence \u00e0 cette r\u00e9union morose. Il gardait toujours sa main contre sa poitrine, la t\u00eate baiss\u00e9e. Il se contenta simplement de d\u00e9voiler \u00e0 l\u2019\u00e9quipage cette balafre cyan qui dessinait des doigts au poignet un r\u00e9quisitoire tactile, et un aveu d\u2019aurevoir.<\/p>\n\n\n\n<p>Caroll ne vit rien, il ne regardait pas. Il se contenta d\u2019entendre, la lourde porte se d\u00e9verrouiller et s\u2019entreb\u00e2iller, des pas timides qui s\u2019y dirig\u00e8rent et un long silence. Puis un bruit matelass\u00e9 emportait une inspiration \u00e9tonn\u00e9e et le vantail qui se refermait. Un vide s\u2019installa mollement, jusqu\u2019\u00e0 ce que la ventilation s\u2019interrompe. C\u2019\u00e9tait un bruit discret, fin, mais pr\u00e9sent depuis l\u2019embarcation, qu\u2019on n\u2019eut remarqu\u00e9 que lorsqu\u2019il s\u2019abattu. Caroll leva la t\u00eate : il n&rsquo;\u00e9tait plus que cinq dans la pi\u00e8ce. Il s\u2019inqui\u00e9ta :<br>\u00ab Capitaine ! Le syst\u00e8me de ventilation ne r\u00e9pond plus ! \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Le reste de l\u2019\u00e9quipage restait muet, immobile, incapable de r\u00e9pondre, tellement la fatigue les tiraillait, tellement l\u2019\u00e9pop\u00e9e les avait vid\u00e9s de leur substance. Seul Caroll semblait apte \u00e0 se d\u00e9placer. Il souffla et se dirigea vers la porte d\u2019en haut.<\/p>\n\n\n\n<p>Une fois le sas pass\u00e9, il se bloqua \u00e0 nouveau. Sa peur le paralysait, craignant de croiser la b\u00eate, sauf que cette fois-ci, il serait seul. Il respira lentement, puis se leva doucement, jaugeant que le syst\u00e8me de circulation d\u2019air ne pouvait rester plus longtemps sans intervention. Il n\u2019avait qu\u2019un couloir \u00e0 remonter, bien qu\u2019il s\u2019agisse du plus long couloir du b\u00e2timent. Prudemment, il s&rsquo;engouffra dans les entrailles du navire, et ses pas r\u00e9pondaient \u00e0 l\u2019\u00e9cho que murmurait l\u2019\u00e9pave. Scrutant autour de lui les alentours, il reconnaissait chacun des recoins du bateau, bien qu\u2019il le parcour\u00fbt de travers. Enfin il retrouva le tableau de commande ; comme les plombs avaient saut\u00e9s, la ventilation tirait sur la batterie de secours qui \u00e9tait alors \u00e0 plat. Une odeur de chaud emplissait l\u2019armoire : Caroll releva l\u2019interrupteur, et se dirigea vers le disjoncteur, afin de relancer le groupe \u00e9lectrog\u00e8ne. Il se devait de descendre en rappel le couloir qui fon\u00e7ait vers le sol sur quatre m\u00e8tres. Ce chemin \u00e9tait plus long, mais bien plus ais\u00e9e \u00e0 franchir que celui qu\u2019il avait emprunt\u00e9, alors que Law et Fletcher l\u2019accompagnait, car il n\u2019eut pas mis de temps inlassable pour rallumer le syst\u00e8me \u00e9lectrique : la lumi\u00e8re reparut difficilement, les n\u00e9ons clignotaient, mais on y voyait plus clair.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est en se retournant qu\u2019il la vit, distinctement : la b\u00eate. On eut dit un ours \u00e0 premi\u00e8re vue, elle en avait la taille et le pelage ; cependant, elle avait la physionomie d\u2019un cheval, se d\u00e9pla\u00e7ant sur quatre pattes, et sa t\u00eate, \u00e9rig\u00e9e comme le summum de l&rsquo;horreur sur un buste massif et presque humain, ressemblait \u00e0 celle d&rsquo;un taureau, recouverte d\u2019\u00e9cailles, et dont les cornes avaient la longueur de son envergure, ac\u00e9r\u00e9es. Ses yeux rouge-orang\u00e9s ne tremblaient pas, leur luisance traduisait son app\u00e9tit, et brusquement, ils se fix\u00e8rent sur Caroll. Elle chargea dans la direction du matelot solitaire qui n\u2019avait d\u2019autre choix que de fuir. La b\u00eate s&rsquo;agitait comme dans ses souvenirs, v\u00e9loces, elle le rattrapa rapidement, et balan\u00e7ait ses bras pour essayer de saisir le corps fragile de Caroll. Il eut beau regarder droit devant lui, il se retrouva \u00e0 une intersection,<\/p>\n\n\n\n<p>chuta, dans ce couloir qu\u2019il avait oubli\u00e9. Quand il se releva de cette douloureuse r\u00e9ception, il vit que le sol semblait mar\u00e9cageux, recouvert d\u2019une \u00e9paisse brume, d\u2019o\u00f9 surgissait de longues plantes, des champignons, des roseaux. Une nu\u00e9e de mygales parcouraient le mur \u00e0 sa gauche, ne connaissant plus aucune direction, aucune harmonie, grillant par endroits, l\u00e0 o\u00f9 les n\u00e9ons p\u00e9tillants vomissaient des \u00e9tincelles. Le plafond et le mur faisant face aux arachnides \u00e9tait recouvert d\u2019une masse mouvante, comme un \u00eatre autonome compos\u00e9 de visc\u00e8res. Au bout du couloir, une porte blind\u00e9e, sale d\u2019un noir charbonneux, dont la manivelle \u00e9tait endommag\u00e9e, et dont une des poutres m\u00e9talliques qui composait la structure du b\u00e2timent, bris\u00e9e, en interdisait l\u2019acc\u00e8s : la porte de la chaufferie. Parcourant les gonds, un tuyau \u00e9tait perc\u00e9 et crachait un liquide bleu\u00e2tre sur la poign\u00e9e badigeonn\u00e9e. Caroll comprit que jamais depuis le naufrage la chaufferie n\u2019\u00e9tait un refuge ; il \u00e9tudia la manivelle, s\u2019en saisit, et sans m\u00eame tenter d&rsquo;en lib\u00e9rer l\u2019acc\u00e8s, l\u00e2cha prise. Au m\u00eame moment, la b\u00eate resurgit, et galopa vers lui ; Caroll voyait cette masse monstrueuse s\u2019avancer vers lui, sans qu\u2019il n\u2019y ait d\u2019issue. Il crut comprendre, alors il ferma les yeux, fit le vide dans son esprit, et inspira un air d\u2019une satisfaction revigorante ; et lorsqu\u2019il rouvrit ses yeux, rien d\u2019autre ne s\u2019offrit \u00e0 sa vue que le couloir : toutes les phantasmagories, les bizarreries et les folles horreurs qui hantaient le corridor avaient disparu, et l\u2019\u00e9clairage semblait ne souffrir d\u2019aucun mal. Le survivant leva avec une certaine r\u00e9gularit\u00e9 son bras, de mani\u00e8re \u00e0 ce que son coude et sa main se trouvent \u00e0 une hauteur \u00e9quivalente. Ses doigts se lev\u00e8rent, ils d\u00e9voil\u00e8rent une scintillante empreinte bleue, qui impr\u00e9gnait sa peau d\u2019une douceur fra\u00eeche.<\/p>\n\n\n\n<p>Quand le miracul\u00e9 revint aupr\u00e8s de son \u00e9quipage, les camarades amorphes d\u00e9voraient leur l\u00e9thargie d\u2019une pr\u00e9ciosit\u00e9 hagarde. Leurs faci\u00e8s, endoloris de sommeil, \u00e9taient moins terrifiant maintenant que la lumi\u00e8re \u00e9tait revenue. Ils remu\u00e8rent pos\u00e9ment leurs membres, comme s\u2019\u00e9vacuant d\u2019un cauchemar auquel Caroll mis fin. Leurs regards se pos\u00e8rent tranquillement sur sa main qui d\u00e9goulinait d\u2019une mixture dont les gouttes d\u00e9voilaient la couleur du ciel et de la mer sur la t\u00f4le, comme une interp\u00e9n\u00e9tration de ce qu\u2019ils rejetaient dans leur espace vital. C\u2019est dans mouvement ample et mesur\u00e9 que Caroll leva sa poigne pour d\u00e9clarer sa forfaiture, et alors qu\u2019il se dirigeait vers la sortie, McGill se levait laborieusement. En s\u2019approchant de lui, il le saisit par le col de la chemise qui murmurait une onomatop\u00e9e ouat\u00e9e. Taylor amor\u00e7a le vantail de m\u00e9tal, a\u00e9rant le cockpit d\u2019un vent salin et iod\u00e9, un air qui embrassait Caroll de ses bras insaisissables et le conviait \u00e0 son destin ; \u201cAllez !\u201d beugla Cooper, comme \u00e0 l\u2019agonie. McGill souleva Caroll et le lan\u00e7a dans le vide.<\/p>\n\n\n\n<p>Quelques cinq m\u00e8tres plus bas, le condamn\u00e9 avait atterri sur un banc de sable humide, et la premi\u00e8re chose qu\u2019il d\u00e9cela dans cette obscurit\u00e9 naissante fut les premiers rayons de libert\u00e9 qui franchissait les dunes \u00e0 l\u2019horizon. Comme un nouvel \u00e9veil, il se leva sur ses jambes et fit ses premiers pas. En prenant du recul, il vit pour la premi\u00e8re fois la situation du naufrage : l\u2019\u00e9pave \u00e9tait allong\u00e9e en partie sur un r\u00e9cif, presqu\u2019un ma\u00ebrl, l&rsquo;atterrage de la quille avait gliss\u00e9 \u00e0 plusieurs reprises sur la gr\u00e8ve, pouss\u00e9 par le courant du fleuve dans lequel baignait la proue. Les rapides qui traversaient l\u2019erg se pr\u00e9cipitait vers des chutes, plus loin. Le randonneur solitaire poursuivait sa route.<\/p>\n\n\n\n<p>Le jour se levait peu \u00e0 peu, baignant la coque d\u2019acier de scintillement \u00e9touff\u00e9, d\u2019\u00e9clats que refl\u00e9tait l\u2019eau. Au loin, il distingua cinq figures, encore plong\u00e9es dans l\u2019ombre, ce n\u2019\u00e9tait alors que des silhouettes ; il s\u2019empressa donc de les rejoindre. Plus il s\u2019approchait, plus il reconnut les supplici\u00e9s de son \u00e9quipage qui avaient bivouaqu\u00e9 et qui profitaient de l\u2019aube pour lever le camp : Turing, Fletcher, Osborne, Lamarck et Law. Les matelots se reconnurent et se retrouv\u00e8rent en haut de la dune, une brise de pl\u00e9nitude \u00e9levait leur joie. Un vrombissement de carrosserie retentit dans la vall\u00e9e, la carcasse du bateau crissait, comme si la b\u00eate imaginaire voyait sa fin, dans un grincement irritant : la coque se plia, la proue plongea pendant que la poupe se renversa, glissa jusqu\u2019\u00e0 atteindre la cascade : l\u2019H\u00e9racl\u00e8s se tint en \u00e9quilibre peu de temps avant de dispara\u00eetre dans l&rsquo;\u00e9cume. Tous du haut de la dune virent dans ce chambardement la fin du calvaire. Turing indiqua alors le chemin, les autres paum\u00e9s le suivirent. Caroll observa sa paume bleut\u00e9e, sortit un mouchoir de sa poche et commen\u00e7a \u00e0 frotter. Law se tourna vers lui :<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab N\u2019y touche pas, lui conseilla-t-il.<br>-La trace ne part pas, ma paume en reste empreinte, je n\u2019y peux rien faire ! <br>-C\u2019est peut-\u00eatre mieux ainsi.<\/p>\n\n\n\n<p>Law poursuivit la route des paum\u00e9s, Caroll jeta un \u0153il sur le fleuve abandonn\u00e9, puis suivit le groupe.<\/p>\n\n\n\n<p>-Pourquoi ? continua-t-il de ses interrogations. <br>-Pour se souvenir \u00bb.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab On a touch\u00e9 capitaine !-Law ! Surveillez la quille. Turing, au gouvernail, on bloque \u00e0 b\u00e2bord. Caroll bouge-toi couillon ! \u00bb Son nom prononc\u00e9 lui fit une sensation similaire \u00e0 un \u00e9lectrochoc ; il ouvrit les yeux dans une naus\u00e9e qui comprimait son visage et ses pens\u00e9es. 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