{"id":104,"date":"2023-05-18T15:17:31","date_gmt":"2023-05-18T13:17:31","guid":{"rendered":"http:\/\/comptoirdeslignes.com\/?p=104"},"modified":"2023-07-18T12:45:08","modified_gmt":"2023-07-18T10:45:08","slug":"le-libre-et-le-beau","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/comptoirdeslignes.com\/index.php\/2023\/05\/18\/le-libre-et-le-beau\/","title":{"rendered":"Le Libre et le Beau"},"content":{"rendered":"\n<blockquote class=\"wp-block-quote is-layout-flow wp-block-quote-is-layout-flow\">\n<p class=\"has-text-align-right\"><em>\u00ab Les fous, les marginaux, les rebelles, les anticonformistes, les dissidents&#8230;tous ceux qui voient les choses diff\u00e9remment, qui ne respectent pas les r\u00e8gles. Vous pouvez les admirez ou les d\u00e9sapprouvez, les glorifiez ou les d\u00e9nigrer. Mais vous ne pouvez pas les ignorer. Car ils changent les choses. Ils inventent, ils imaginent, ils explorent. Ils cr\u00e9ent, ils inspirent. Ils font avancer l&rsquo;humanit\u00e9. L\u00e0 o\u00f9 certains ne voient que folie, nous voyons du g\u00e9nie. Car seuls ceux qui sont assez fous pour penser qu&rsquo;ils peuvent changer le monde y parviennent \u00bb<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-text-align-right\">Jack Kerouac.<\/p>\n\n\n\n<p><em>5H30 du matin, \u00ab <\/em>son esprit dominant les consciences <em>\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Mes amis, regardez l\u2019horizon ! Le voyez-vous ce soleil levant, \u00e9clairant le monde ? Admirez sa puissance, ressentez son in\u00e9vitabilit\u00e9. Cette force immuable, cette \u00e9nergie infinie. Regardez autour de vous, les voyez-vous les feuilles et les fleurs et la faune ? Regardez ce lien qu\u2019ils ont et font avec cette \u00e9nergie. Ils la captent les amis ! Elle est pr\u00e9sente, diffuse, disponible et ils la captent. Ils emplissent leur c\u0153ur de cette beaut\u00e9 vitale. Ils ont conscience de la beaut\u00e9 ! Ils n\u2019ont pas la pens\u00e9e, cette excroissance m\u00e9ta-neurologique d\u00e9viante, permettant le jugement ! Ils n\u2019ont que la beaut\u00e9 ! La science ne concerne que nos conditions mat\u00e9rielles qui n\u2019existent que pour notre harmonie : tout est en \u00e9quilibre. Et puisque chaque harmonie est un degr\u00e9, aussi faible qu\u2019il soit, de beaut\u00e9, alors je vous le dis mes amis, une v\u00e9rit\u00e9 peut \u00eatre belle, mais uniquement parce que notre pens\u00e9e l\u2019a d\u00e9cid\u00e9. Et moi je dis que la seule v\u00e9rit\u00e9 solide et digne de ce nom, c\u2019est la beaut\u00e9 ! Quand vous verrez le soleil couchant sur l\u2019Ouest, alors vous comprendrez !<br>\u2014 Et moi je comprends que l\u2019herbe ne te r\u00e9ussit pas, l\u2019Espagnol !<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019Ours commence \u00e0 en avoir par dessus la casquette des philosophies de comptoir de l\u2019\u00e9crivain de la bande. L\u2019Espagnol se redresse, son vieux calepin en main. Il regarde Anaid, allong\u00e9e dans l\u2019herbe, et continue sa tirade :<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 La nature est le seul beau qui pr\u00e9vale, chaque \u00eatre naturel a cette reconnaissance en soi. Seulement notre conscience nous masque cette v\u00e9rit\u00e9. Il ne suffit pas de dire que les genres et les esp\u00e8ces se r\u00e9alisent dans la nature v\u00e9g\u00e9tale, nous pouvons les retrouver en nous-m\u00eames ! Les formes de l\u2019existence dorment au plus profond de chaque \u00eatre ! Quand vous verrez le coucher du soleil sur l\u2019Ouest, alors vous comprendrez ! La fin de toute chose ! Le d\u00e9finitif ! L\u2019in\u00e9vitabilit\u00e9 !<br>\u2014 H\u00e9 l\u2019Espagnol, donc on d\u00e9finie notre essence ou c\u2019est notre essence qui nous d\u00e9finit ?<\/p>\n\n\n\n<p>Rires moqueurs dans l\u2019assembl\u00e9e. Bonnie fait toujours mouche, d\u2019une phrase seulement. Sa pr\u00e9cision est diabolique. Clyde ne la d\u00e9vore des yeux qu\u2019avec plus d\u2019admiration, elle est tellement forte. Seule Anaid semble \u00eatre sensible aux mots a\u00e9riens de l\u2019Espagnol. Elle ressent la beaut\u00e9, sa sensibilit\u00e9 repr\u00e9sente cette barri\u00e8re entourant son c\u0153ur, suffisamment fine pour pouvoir y ressentir la beaut\u00e9. Anaid repr\u00e9sente la vie. Elle sait aimer, elle peut appr\u00e9cier r\u00e9ellement, de son \u00e2me. Elle comprend l\u2019\u00e9nergie dont parle l\u2019Espagnol. Elle survole les \u00e2mes, du haut de son esprit dominant les consciences.<\/p>\n\n\n\n<p><em>6h00 du matin, \u00ab <\/em>avec noblesse et couilles <em>\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e9j\u00e0 28 degr\u00e9s au mercure. La chaleur de la nuit laisse place \u00e0 l\u2019assommante fournaise estivale, qui s\u2019abat en cette canicule d\u2019Ao\u00fbt.<\/p>\n\n\n\n<p>Anaid est allong\u00e9e dans l\u2019herbe, le regard perdu dans les nuages. L\u2019alcool toujours pr\u00e9sent dans son sang lui fait tournoyer les vapeurs de son esprit. Elle fredonne du Billie Holiday de sa voix d\u00e9licate et cass\u00e9e. Elle r\u00eavasse, le vent fait virevolter ses pens\u00e9es apais\u00e9es. Femme forte dont l\u2019ind\u00e9pendance rend jaloux les soiffards de libert\u00e9, petite en taille mais grande en c\u0153ur, elle s\u2019impose par l\u2019\u00e9vidence qui s\u2019\u00e9chappe d\u2019elle.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 ses c\u00f4t\u00e9s l\u2019Ours, massivement assis sur une pelouse qui suffoque sous son poids. Il a le regard plong\u00e9 dans le lac s\u2019\u00e9tendant au pied de leur butte. Il regarde son poing droit, aucune marque. Il n\u2019a pas servi cette nuit et l\u2019Ours le regrette. Esprit tortur\u00e9, tortionnaire retrait\u00e9, il est l\u2019ombre qui s\u2019abat sur les bonnes attentions et les intentions louables.<\/p>\n\n\n\n<p>Derri\u00e8re eux, l\u2019Espagnol jette avec \u00e9nergie des mots qui claquent sur son calepin \u00e0 moiti\u00e9 d\u00e9tremp\u00e9. Son allure de vagabond andalou, avec ses espadrilles trou\u00e9es et ses fripes d\u00e9chir\u00e9es, renforce son apparence d\u2019\u00e9crivain beatnik. Il r\u00eave d\u2019un coucher de soleil sur la c\u00f4te Ouest, \u00e0 Frisco, pensant qu\u2019alors, le monde entier prendrait tout son sens. Il en est obs\u00e9d\u00e9 et a entrain\u00e9 avec lui toute la bande.<\/p>\n\n\n\n<p>Et puis il y a les Ins\u00e9parables, Bonnie &amp; Clyde, le Taureau et la Veuve Noire, Docteur Jekyll et Miss Hyde. Alli\u00e9es depuis trop longtemps, ils sont l\u2019antonymie de la sobri\u00e9t\u00e9. La synergie qui se d\u00e9gage de leur union, sacr\u00e9e au sous-sol du Moriarty\u2019s, lieu de perdition de la rue Carlo Marx, fait des ravages \u00e0 chaque soir\u00e9e folle de la troupe. Dissidents passionn\u00e9s, ils sont arm\u00e9es et damnent les \u00e2mes en descendant dans les rades.<\/p>\n\n\n\n<p>Et enfin, plus loin, dansant sur l\u2019herbe comme un cingl\u00e9 valseur polack, une bouteille de bourbon \u00e0 la main, il y a l\u2019Excuse. Meilleur joueur de poker (selon sa grand-m\u00e8re), il gagne toujours dix parties \u00e0 10 contre 1 avant d\u2019en perdre une \u00e0 100 contre 1, finissant souvent \u00e0 poil. Il fait parti de la race des grands ducs, capables de titiller la boisson avec la grandeur des<\/p>\n\n\n\n<p>magiciens de l\u2019alambic. Philosophe d\u2019occasion et trainard du dimanche, il boit et \u00e9merge d\u2019une sombre p\u00e9riode de perfusions quasi-l\u00e9thales et peu l\u00e9gales.<\/p>\n\n\n\n<p>Adoss\u00e9s contre leur Hudson, Bonnie &amp; Clyde s\u2019embrassent passionn\u00e9ment, comme si le peu de temps qu\u2019il leur restait \u00e0 vivre allait s\u2019\u00e9couler plus vite qu\u2019une blue note de Dizzy Gillepsie. L\u2019air suave de l\u2019Utah r\u00e9sonne en leurs c\u0153urs et apaise leurs tronches. En route pour Frisco apr\u00e8s un long s\u00e9jour \u00e0 Denver, ils se sont perdus jusqu\u2019au petit matin \u00e0 Salt Lake City. Un ramassis de gueules d\u00e9prav\u00e9es, \u00e9prouv\u00e9es par une nuit d\u2019ivresse \u00e0 faire virer au vinaigre les v\u00e9n\u00e9rables visages de la vertu. Les puritains, les conservateurs qui pullulent dans la ville des mormons. Ventant le vice, la troupe vibre et ventile. Elle respire, elle n\u2019a pas de but. Elle n\u2019a que Le but. La pl\u00e9nitude libertaire dans une contr\u00e9e suffisamment immense pour accueillir leurs p\u00e9r\u00e9grinations, avec suffisamment de route \u00e0 rouler pour leurs permettre l\u2019addiction au mouvement. Il n\u2019y a que le mouvement. L\u2019anti-rotation terrestre, la lutte contre la gravit\u00e9. L\u2019anti-pesanteur, que le vif combat avec noblesse et couilles.<\/p>\n\n\n\n<p><em>9h00 du matin, \u00ab <\/em>son battement cardiaque s\u2019emballe \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019y etre <em>\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Les vieilles roues de la tremblante Hudson abattent les kilom\u00e8tres avec la vigueur d\u2019un Cherokee face aux forces coloniales. Elles avalent le goudron avec la soif d\u2019un docker Irlandais. La gimbarde fume de son vieux pot d\u2019\u00e9chappement les vapeurs d\u2019un corps us\u00e9 par un manque d\u2019huile certain. Elle hurle de toute sa combustion son envie de conqu\u00e9rir le monde. \u00c0 l\u2019int\u00e9rieur, ils sont 6 pour 5 places, Anaid conduit en chantant avec Ella Fitzgerald \u00ab That Old Black Magic \u00bb \u00e0 tue-t\u00eate. \u00c0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019elle, l\u2019Espagnol jette des mots avec fr\u00e9n\u00e9sie sur le papier. Il est assis \u00e0 l\u2019envers, le dos contre le tableau de bord et les pieds sur le si\u00e8ge. Bonnie &amp; Clyde sont derri\u00e8re, Bonnie est assise sur le rebord de la fen\u00eatre. Buste dehors, elle hurle son euphorie au monde ! L\u2019Ours est de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 et affute son Buck, s\u2019amusant \u00e0 le planter sur le sol de l\u2019Hudson, dont les cicatrices se pansent moins bien que les concepts philosophiques de l\u2019Excuse. Ce dernier occupe le coffre et pense, la route d\u00e9filant en sens inverse sous ses yeux. Il un mouvement retro-futuriste surpassant la lin\u00e9arit\u00e9 temporelle. Il m\u00e9dite sur ce concept et pense \u00e0 ce coucher de soleil sur l\u2019Ouest. Et plus il y pense, plus cette id\u00e9e au d\u00e9part d\u2019une absurdit\u00e9 sans nom, sortie tout droit du fin fond de l\u2019esprit tortur\u00e9 de l\u2019Espagnol, prend tout son sens salvateur. Il boit une rasade de bourbon. Il boit trop.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 L\u2019Ours, tu sembles tendu comme une ficelle mesurant un mur, d\u00e9tends-toi !<br>\u2014 Je vais bien Bonnie, merci. Continue tes activit\u00e9s, ne t\u2019occupe pas de moi.<br>\u2014 Allez quoi ! Rigole un coup franchement, tu te mors tellement les phalanges que je me demande quand est-ce que tu vas nous en servir une salade !<br>\u2014 Bonnie&#8230; N\u2019insiste pas !<br>\u2014 Bonne laisse-le, tu n\u2019es pas dans sa t\u00eate.<br>La voix douce mais autoritaire de Anaid a raison des taquineries de Bonnie. L\u2019Ours ronge effectivement ses phalanges. Il les ronge depuis son retour de Cor\u00e9e. Ancien marine, le cauchemar de ses d\u00e9mons pr\u00e9c\u00e9dents semble peu \u00e0 peu le consumer de l\u2019int\u00e9rieur. R\u00e9cup\u00e9r\u00e9 \u00e0 l\u2019entr\u00e9e d\u2019un club de Chicago par Anaid, c\u2019est une \u00e2me en perdition, au bord du pr\u00e9cipice, pr\u00eat \u00e0 entrainer avec lui le monde entier. Il a trouv\u00e9 en elle une lumi\u00e8re, un phare guidant son rafiot us\u00e9 \u00e0 travers la temp\u00eate de sa vie. Un ancrage \u00e0 ne plus quitter. Il repense au sang, il revoit la chaire calcin\u00e9e, il ressent la mort. Il voulait se la donner. Aujourd\u2019hui, malgr\u00e9 l\u2019antipathie \u00e9vidente qu\u2019il \u00e9prouve envers un f\u00eal\u00e9 comme l\u2019Espagnol, cam\u00e9 jusqu\u2019\u00e0 la carotide, la caboche remplie de superflu irradiant ses yeux de furieux, malgr\u00e9 tout cela&#8230; L\u2019Ours se dit que ce coucher de soleil sur l\u2019Ouest pourrait bien \u00eatre l\u2019ultime bataille \u00e0 remporter sur lui-m\u00eame. Que le beau l\u2019emporte, que sa beaut\u00e9 prime sur l\u2019ignominie que fut sa vie jusque l\u00e0. Il y pense \u00e0 ce soleil quittant l\u2019horizon, il le visualise, il se dit que c\u2019est ridicule mais son battement cardiaque s\u2019emballe \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019y \u00eatre.<\/p>\n\n\n\n<p><em>13h00, \u00ab <\/em>puissante, elle resplendira <em>\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Des for\u00eats sont travers\u00e9es, des grandes plaines arides, de la caillasse \u00e0 perte de vue, des champs \u00e0 perte de vie. La Hudson hurle jusqu\u2019\u00e0 la mort, pouss\u00e9e dans ses retranchements. Tr\u00e8s certainement qu\u2019elle aussi sera ravie de voir ce coucher de soleil sur la mer de l\u2019Ouest. L\u2019Excuse a pris le relai au volant, Anaid est allong\u00e9e dans le coffre. L\u2019Espagnol somnole sur la troupe. En fait, tout le monde est \u00e0 plat. La nuit fut trop courte et l\u2019id\u00e9e d\u2019atteindre Frisco avant le coucher du soleil commence \u00e0 devenir bien plus saugrenue qu\u2019auparavant. Heureusement, il reste suffisamment d\u2019alcool dans le sang de l\u2019Excuse pour rester \u00e9veill\u00e9 et tenir la tire. Seul l\u2019Ours derri\u00e8re a les yeux ouverts. Il ne dort jamais, il n\u2019en n\u2019a pas besoin selon ses dires. Dormir, c\u2019est se replonger dans ses hantises du pass\u00e9 et il n\u2019en est pas question. Bonnie &amp; Clyde r\u00eavent \u00e9galement de ce coucher de soleil. Ils ont laiss\u00e9 derri\u00e8re eux du sang, de l\u2019argent, de la po\u00e9sie et des couilles. Ils sont au paroxysme de leur essence. La pression retombe et ce qu\u2019il leur semblait \u00eatre n\u2019est plus. Ils ne voient que le jour se coucher sur un horizon ensanglant\u00e9 de d\u00e9bauche et de folie. Non pas qu\u2019ils revivront, mais ils vireront vers d\u2019autres volupt\u00e9s de vies. Ils vivront !<\/p>\n\n\n\n<p>Les kilom\u00e8tres d\u00e9filent, la fr\u00e9n\u00e9sie du mouvement frappe.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Vois-tu, \u00d4 noble soleil, vois-tu notre essence fondre \u00e0 mesure de ta progression lin\u00e9aire ?<br>\u2014 Je sens que le soleil est la cl\u00e9, l\u2019Espagnol. Et je ne dis pas \u00e7a parce que je suis en train de le chasser au volant de notre vieille Hudson. Je le dis parce que je le sens. Parce ce que c\u2019est la cl\u00e9. Le soleil rayonnera \u00e0 nouveau et alors, nous auront la libert\u00e9 d\u2019agir sur ce monde.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019Espagnol reprend son maigre calepin et balance des notes \u00e0 la va-vite. Anaid se r\u00e9veille :<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Tu sais l\u2019Excuse, plus les jours d\u00e9filent et plus je me dis que notre existence l\u00e0, telle qu\u2019elle est, dans sa modestie et son humilit\u00e9, sa folie et ses passions, elle marquera la vie de certaines personnes. Parce que personne n\u2019aura connu une telle soif de libert\u00e9. Personne n\u2019aura ressenti ces vibrations qui ondulent dans nos \u00e2mes et rythment nos vies.<br>\u2014 Qui pour la raconter ? Comment ? Peut-\u00eatre bien que le diable nous aura emport\u00e9 d\u2019ici l\u00e0 !<br>\u2014 Justement, nous la raconterons parce que les seuls gens qui existent sont ceux qui ont la d\u00e9mence de vivre, de discourir, d\u2019\u00eatre sauv\u00e9s, qui veulent jouir de tout dans un seul instant, ceux qui ne savent pas bailler ! Et puis, on a avec nous le nouveau Jack London, hein l\u2019Espagnol ?<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019Espagnol regarde Anaid, assise entre lui et l\u2019Excuse, qui a une main sur le volant et l\u2019autre se balan\u00e7ant pos\u00e9e sur le rebord de la fen\u00eatre. Anaid est rayonnante. Elle est l\u2019\u00e2me de ce groupe. Son soleil. Elle brule, brule telles des chandelles romaines en pleine nuit, p\u00e9taradantes de vie et \u00e9clairant les \u00e2mes.<\/p>\n\n\n\n<p>Leur trajet passe par les immenses plaines arides et rocailleuses du Nevada, gigantisme perdant les 6 baroudeurs dans l\u2019\u00e9lan les amenant au soleil. Rien derri\u00e8re et tout devant, comme toujours sur la route. Bonnie se r\u00e9veille et passe la t\u00eate par la fen\u00eatre, la cuisante chaleur et le vent tournoyant fait rentrer dans ses poumons une fine poussi\u00e8re, synonyme de ru\u00e9e vers l\u2019or hydrostatique. Un doux parfum de bonheur sec et prometteur envahit son c\u0153ur. La route d\u00e9filant sous les quatre roues, Bonnie sent venir la r\u00e9demption. Le sang froid deviendra chaud, le sans foi deviendra beau. Clyde \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, elle rena\u00eetra. Puissante, elle resplendira.<\/p>\n\n\n\n<p><em>17h00, \u00ab <\/em>retrouver le vivant qui est en moi <em>\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>Le ciel semble imploser en une multitude d\u2019espoirs orang\u00e9s portants au vent les \u00e2mes perdues de ces clochards c\u00e9lestes, en qu\u00eate de lumi\u00e8re. Le soleil finit en douceur sa journ\u00e9e de labeur, ne semblant par vouloir quitter cette face du monde aussi rapidement que son devoir c\u00e9leste ne l\u2019impose.<\/p>\n\n\n\n<p>Les r\u00eaves se m\u00e9langent aux espoirs, devant des lueurs les guidant au travers de la torpeur de leurs garces de vies. Ils s\u2019\u00e9taient vite rendus compte, voyant leurs vies dansant devant eux que quoiqu\u2019ils fassent, ils sombreraient. Alors ils avaient choisi la folie. Jusqu\u2019\u00e0 la mort de l\u2019\u00e2me. Jusqu\u2019au chemin de la r\u00e9demption.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019Ours est au volant, forme massive dans un maigre fauteuil. En T-Shirt, la multitude de tatouages ornant son corps fait corps avec son c\u0153ur \u00e9c\u0153ur\u00e9 de la vie. Il roule vite, n\u2019en peut plus d\u2019attendre. Et d\u00e9filent les bornes, et se d\u00e9lient les langues. L\u2019Excuse, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui, boit une bi\u00e8re chaude pas encore profan\u00e9e par les pilleurs de liqueur. Ces resquilleurs de libert\u00e9 ne sont plus qu\u2019\u00e0 quelques heures du z\u00e9nith de leur p\u00e8lerinage. Le Texas, Chicago, New York, West Virginia ou bien l\u2019Alabama, ces terres de naissance qui les ont pouss\u00e9s vers la route, sont chacune un point de d\u00e9part vers l\u2019au-del\u00e0, le sacro-saint routard de cette g\u00e9n\u00e9ration de folie et de vie. Elles sont des points de d\u00e9part du p\u00e8lerinage vers la libert\u00e9.<br>\u2014 Que vas-tu faire l\u2019Ours ? Apr\u00e8s le coucher ?<br>Venant de Anaid, la question aurait pu passer, mais la roublardise de l\u2019Excuse pousse l\u2019Ours \u00e0 la m\u00e9fiance.<br>\u2014 Pourquoi tu me demandes \u00e7a ?<br>\u2014 Moi je pense me satisfaire d\u2019un coucher sur l\u2019Ouest, tous les jours. Voir un soleil nouveau rebondir au dessus de cette \u00e9tendue d\u2019eau chaque soir, avant de glisser de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 du monde. Dieu sait ce que Bonnie &amp; Clyde feront apr\u00e8s le coucher. L\u2019Espagnol lui veut continuer le mouvement, jusqu\u2019\u00e0 se retrouver de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, l\u00e0 o\u00f9 le soleil se l\u00e8ve. Il veut pourchasser le coucher, il en est obs\u00e9d\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p>\u2014 Il est poss\u00e9d\u00e9 tu veux dire.<br>\u2014 Certainement, mais est-ce une mauvaise chose ?<br>Un silence comme r\u00e9ponse, l\u2019Ours inspire un grand coup avant de l\u00e2cher :<br>\u2014 Non. C\u2019est clairement le plus vivant d\u2019entre nous, celui qui survole. Tu me demandais ce que j\u2019allais faire apr\u00e8s le coucher ? Je vais m\u2019expier de mes p\u00each\u00e9s, laver mes fautes. Et retrouver le vivant. Oui, je vais essayer de retrouver le vivant qui est en moi.<\/p>\n\n\n\n<p><em>19H00, \u00ab <\/em>la route, la route, la route. Et au bout, l\u2019infinie <em>\u00bb.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>La Hudson traverse les for\u00eats de Californie, portes d\u2019entr\u00e9es vers la lumi\u00e8re et la r\u00e9demption. \u00ab Il faut que le monde voit cela \u00bb, se r\u00e9p\u00e8te en boucle l\u2019Espagnol, dans sa t\u00eate. Son mentor Mohali, g\u00e9ant du baroud, c\u0153ur de la libert\u00e9, conquistador de la paix, lui en avait parl\u00e9. Toujours. \u00ab Vas voir le coucher sur l\u2019Ouest, et tout sera une \u00e9vidence \u00bb. Mohali avait form\u00e9 l\u2019Espagnol au voyage et \u00e0 l\u2019\u00e9criture, et \u00e0 la synergie qui se cr\u00e9\u00e9 lorsque les deux entrent en contact. Il avait mis l\u2019Espagnol sur les rails qui guideraient son esprit aujourd\u2019hui, les rails du possible. Charlie Parker hurle sa fr\u00e9n\u00e9sie dans son saxophone, au travers de la radio qui gr\u00e9sille \u00e0 trop cracher de d\u00e9cibels. Salt Peanuts r\u00e9sonne et r\u00e9chauffe les c\u0153urs !<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab SALT PEANUTS ! SALT PEANUTS \u00bb<br>\u00ab SALT PEANUTS ! SALT PEANUTS ! \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Les 6 chantent \u00e0 tue-t\u00eate, r\u00e9pondent \u00e0 Bird sur chacune de ses phases de saxo. Ils hurlent, ils d\u00e9bordent de vitalit\u00e9. Ils sont puissants, ils planent au dessus de leur \u00eatre, ils survolent le vivant de leur libert\u00e9 absolue. Ils rigolent jusqu\u2019\u00e0 s\u2019en d\u00e9crocher la mangeoire, ils gueulent jusqu\u2019\u00e0 s\u2019en arracher la pomme d\u2019Adam, ils bougent jusqu\u2019aux \u00e9longations. Ils vibrent jusqu\u2019\u00e0 l\u2019agonie. Le salut est proche, il approche et accroche leurs tronches baroques de resquilleurs d\u2019affranchissement.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019all\u00e9gresse, la l\u00e9g\u00e8ret\u00e9, la philosophie, la po\u00e9sie, le bourbon, l\u2019herbe, la route, la route, la route. Et au bout, l\u2019infinie.<\/p>\n\n\n\n<p>22h00, \u00ab et alors ils comprennent\u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019Hudson, au sommet de la cr\u00eate, fait face \u00e0 l\u2019immensit\u00e9 de l\u2019oc\u00e9an Pacifique. Frisco appara\u00eet sur la droite, dans le lointain. Il n\u2019y a que du bleu, il n\u2019y a que de l\u2019espace. De l\u2019espace qui remplit l\u2019espace. Le soleil approche, lentement. Il savoure. Sa descente est \u00e9ternellement gloire et majest\u00e9. Il vibre de sa puissance, de sa force, de sa chaleur. Il est l\u2019\u00e9nergie m\u00eame, l\u2019\u00e9nergie n\u2019est endog\u00e8ne qu\u2019en lui et il la redistribue. Il est le divin.<\/p>\n\n\n\n<p>Clyde est dans les bras de Bonnie, debout ils revoient le sang, ils revoient le chaos. Leur histoire d\u00e9file \u00e0 mesure que se couche la grande centrale. Ils pleurent aux larmes, s\u2019aiment plus que la vie, ne doutent plus. Une force incroyable rentre dans leurs chairs, leurs muscles en tremblent. Ils se sont trouv\u00e9s, ils communiquent entre eux comme deux arbres m\u00ealant leurs racines, se partageant la terre, vivant l\u2019un pour l\u2019autre. Ils vibrent. Leur union fait rayonner la passion jusqu\u2019au del\u00e0 de l\u2019horizon.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019Excuse boit, mais il lui semble m\u00eame que sa bouteille contient l\u00e0 quelques \u00e9ruptions solaires lui enflammant les tripes. Il a jou\u00e9 avec sa vie jusqu\u2019\u00e0 en perdre la vie. Revenu d\u2019entre les morts, le sang glac\u00e9, l\u2019\u00e2me damn\u00e9e, la filouterie touche \u00e0 sa fin. L\u2019apitoiement \u00e9galement. Il regarde ses amis, ses camarades du front, ses clochards c\u00e9lestes, il explose d\u2019un rire nerveux, ultime soulagement d\u2019un danseur face \u00e0 la faucheuse. Il rit aux larmes, un torrent s\u2019\u00e9coule de ses glandes lacrymales, il hurle! \u00abHAHAHAHAHAHA\u00bb! Et gueule ces quelques mots : \u00ab Vivez, voyagez, baroudez, b\u00e9nissez et NE SOYEZ PAS D\u00c9SOL\u00c9 BORDEL ! \u00bb<\/p>\n\n\n\n<p>Anaid est assise sur le capot, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019Ours. Une s\u00e9r\u00e9nit\u00e9 immense envahit son c\u0153ur, une paix immense la fait planer \u00e0 des milliers de lieux d\u2019ici. Le soleil est \u00e0 moiti\u00e9 couch\u00e9, les lumi\u00e8res sont splendides, faites d\u2019orange et de jaune et de rouge et de rose et de bleu. Ses battements cardiaques sont au plus bas, quasi nuls. Elle \u00e9tait la plus proche de cette pl\u00e9nitude vivifiante, lutteuse de haut vol face au patriarcat dominant et aux convenances r\u00e9ductrices de libert\u00e9, son apaisement nouveau est source de puissance qui rejaillit sur toutes les \u00e2mes renaissantes de la bande. Sereine, elle est. Elle vit.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019Ours pleure, pour la premi\u00e8re fois de toute sa chienne d\u2019existence. Il ne ressent aucun m\u00e9rite \u00e0 ce sentiment de plein qui vient \u00e0 sa rencontre. Il regarde Anaid \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de lui et se rend compte de la force qui la compose. Aussi massif soit-il, il est finalement incapable de se tenir fier et accuse le coup d\u2019un c\u0153ur bien trop fragile et bien trop fragilis\u00e9. Il doute de tout mais ressent ce besoin d\u2019expier. Il regarde \u00e0 nouveau Anaid et se rend compte qu\u2019il n\u2019a pas le droit de faiblesse. Il l\u00e8ve les yeux et observe ce soleil quasiment couch\u00e9 sur un oc\u00e9an d\u2019un bleu sans pareil. Ce spectacle, il le comprend. \u00ab Et moi je dis que la seule v\u00e9rit\u00e9 solide et digne de ce nom, c\u2019est la beaut\u00e9 ! \u00bb a toujours r\u00e9p\u00e9t\u00e9 l\u2019Espagnol. Pour la premi\u00e8re, l\u2019Ours le comprend. Et ressent le beau.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais c\u2019est l\u2019Espagnol, carnet en main, qui semble le plus marqu\u00e9. Sa qu\u00eate touche \u00e0 sa fin. \u00c0 genou, il l\u00e8ve les yeux au ciel et aper\u00e7oit les premi\u00e8res \u00e9toiles scintiller sur la toile c\u00e9leste, \u00e9clair\u00e9e par un soleil qui dispara\u00eet derri\u00e8re l\u2019Oc\u00e9an. Mohali avait tout compris, il avait trouv\u00e9 la paix. Il avait atteint la pl\u00e9nitude. L\u2019Espagnol respire \u00e0 grands poumons cet air iod\u00e9. Les arbres qui les entourent viennent capter cette beaut\u00e9 m\u00eame, ils chargent leur c\u0153ur de vitalit\u00e9 jusqu\u2019au lendemain. Ils ont conscience du temps, ils connaissent le beau. L\u2019Espagnol ouvre ses bras et les tends, comme pour mieux recevoir lui-m\u00eame cette essence vitale qui remplit les \u00e2mes de bont\u00e9 et de libert\u00e9. Des larmes de bonheur commencent \u00e0 couler sur son visage. Elles coulent sur chacun des membres de cette association d\u2019\u00e2mes vagabondes, qui se sont retrouv\u00e9es autour d\u2019une m\u00eame id\u00e9e. Celle d\u2019une r\u00e9demption solaire, c\u00e9leste, \u00e9ternelle et in\u00e9vitable. Alors ils pleurent, ils revivent, renaissent et se trouvent. Ils sont puissants et forts, ils sont beaux. Et alors ils comprennent.<\/p>\n\n\n\n<p>Le libre et le beau.<\/p>\n<\/blockquote>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Les fous, les marginaux, les rebelles, les anticonformistes, les dissidents&#8230;tous ceux qui voient les choses diff\u00e9remment, qui ne respectent pas les r\u00e8gles. Vous pouvez les admirez ou les d\u00e9sapprouvez, les glorifiez ou les d\u00e9nigrer. Mais vous ne pouvez pas les ignorer. Car ils changent les choses. Ils inventent, ils imaginent, ils explorent. Ils cr\u00e9ent, ils inspirent. Ils font avancer l&rsquo;humanit\u00e9. L\u00e0 o\u00f9 certains ne voient que folie, nous voyons du g\u00e9nie. 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